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Fiasco SAAQclic : Des Consultants dont les Horaire Passent de 82 $ à 350 $ L'Heure

Des employés des firmes externes qui travaillaient à la modernisation des systèmes informatiques de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) sont passés, en cours de projet, d'« intégrateurs » à « experts de pointe ». Résultat : leur salaire est passé de 82 $ à 350 $ l’heure.

C’est ce qu’a raconté mercredi devant la commission Gallant l’ex-auditeur interne à la SAAQ Martin Després.

Selon le contrat passé entre la SAAQ et l’Alliance, qui regroupe la firme LGS, qui appartient à IBM, et la société SAP, il y avait 10 793 heures prévues pour cinq ans pour ces experts de pointe . Moins de deux ans et demi plus tard, c’était déjà près de 35 000 heures qui avaient été facturées sous ce profil d’employé.

Un dépassement qui représente, selon Martin Després, environ 3 millions de dollars. Le contrat entre la SAAQ et l’Alliance était alors fixé à 458 millions.

S'il n'est pas allé voir dans le CV de ces personnes , l'ex-auditeur a néanmoins affirmé à la commission avoir examiné les tâches exécutées par les employés visés par ces augmentations de salaire. Il n'y avait pas de différence notable , selon lui, dans leur travail.

M. Després a posé des questions à ses supérieurs à ce sujet. C’est que, selon lui, il n’y a rien dans le contrat qui justifiait cela. Après plusieurs demandes formulées à différentes personnes, qu'il a décrites comme mal à l'aise , il a appris que la décision venait d'en haut , soit du bureau du directeur du projet CASA, Karl Malenfant.

On lui dit toutefois de ne pas s’inquiéter, que l'Alliance allait devoir respecter les montants prévus dans le contrat. Une réponse qui l'a, selon ses mots, laissé sur [sa] faim .

On sait maintenant que ce n’est pas ce qui est arrivé. En 2020, l’Alliance a réclamé une renégociation du contrat, ce que la SAAQ a accepté. On craignait alors, selon les témoignages d’anciens administrateurs , que l’Alliance se retire du projet.

Selon un rapport de la vérificatrice générale , le projet CASA, qui a mené à la création de la plateforme SAAQclic, pourrait à terme avoir coûté 500 millions de dollars de plus que prévu.

Des heures facturées loin du bureau

Entre 2017 et 2019, l’auditeur interne Martin Després et son équipe ont comparé les heures facturées par les consultants embauchés par la SAAQ avec le temps qu’ils ont effectivement passé entre les murs du siège social, comme stipulé dans leur contrat.

Résultat : un écart de plus de 12 500 heures, qui aurait coûté environ 1,5 million de dollars à la SAAQ.

Martin Després a fait part de ces résultats à ses supérieurs. Une enquête interne a été déclenchée.

Selon le contrat passé entre la SAAQ et l’Alliance, les employés, sauf exception, devaient travailler dans les bureaux du siège social de la SAAQ. Tout télétravail devait être approuvé par les gestionnaires.

Les résultats de cette enquête ont surpris M. Després. On nous a dit que c’était tout du télétravail qui a été approuvé , a-t-il dit.

On devait détruire nos documents

Autre révélation surprenante du témoignage de Martin Després : des responsables à la SAAQ auraient demandé aux auditeurs de détruire les documents associés à leur enquête sur les heures passées au bureau.

Si la demande venait de son gestionnaire, M. Després a dit avoir eu l’impression qu’elle venait d’en haut .

L’auditeur et son équipe ont refusé de se soumettre à cet ordre. On est des vérificateurs, a dit Martin Després, on ne peut pas détruire les éléments probants [à notre enquête].

M. Després et son équipe ont par la suite reçu une plainte pour bris de confidentialité . On estimait alors qu’ils avaient eu accès à des informations confidentielles pour mener leur recherche.

Encore là, l’auditeur s’est dit surpris de cette affirmation. On est des vérificateurs. C’est notre rôle de s’assurer de protéger ces données-là.

La plainte pour bris de confidentialité a finalement été retirée.

« Cinq ans à nager à contre-courant, c'est fatigant »

En septembre 2023, après le lancement raté de SAAQclic, Martin Després a quitté la SAAQ. Il travaille aujourd'hui pour le Conseil du Trésor.

Dans son témoignage jeudi, il ne s'en est pas caché : le projet CASA l'a poussé vers la sortie.

Cinq ans à nager à contre-courant, c'est fatigant , a-t-il résumé. C'est un peu la raison pour laquelle j'ai quitté.

Qu'entend-il par nager à contre-courant ? Selon M. Després, la direction du projet CASA a parfois balayé du revers de la main ses inquiétudes.

J'ai fait mes observations. J'ai livré ce que j'ai observé dans le cadre de mes vérifications. Après ça, ce n'est pas moi qui prends les décisions , a-t-il ajouté.

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