Au lendemain de sa sortie virulente contre le mégaprojet de loi budgétaire axé autour des priorités du président américain, le multimilliardaire Elon Musk est revenu à la charge, réussissant toutefois à s'épargner le traitement que réserve habituellement Donald Trump à ceux qui critiquent ses idées.
Appelez votre sénateur, appelez votre représentant, la faillite de l'Amérique n'est PAS acceptable! TUEZ le PROJET DE LOI
, a notamment écrit M. Musk en après-midi sur son réseau social X.
Martelant sa position, il a même publié une image inspirée de l'affiche du film d'action de Quentin Tarantino
Kill Bill
,
bill
revêtant aussi le sens de projet de loi en anglais.
Un nouveau projet de loi qui n'entraînera pas une augmentation massive du déficit ni une hausse du plafond de la dette de 5 000 MILLIARDS DE DOLLARS doit être rédigé
, a-t-il lancé dans une série de messages, certains ayant même été écrits au petit matin.
Poursuivant sa lancée en début de soirée, celui qui
supervisait jusqu'à la semaine dernière le département de l'efficacité gouvernementale
(DOGE), responsable de compressions budgétaires radicales, a dénoncé à répétition
l'esclavage de la dette
qui découlerait, selon lui, du projet.
La veille, toujours sur X, il a qualifié l'initiative législative budgétaire d'« abomination répugnante » qui augmentera le déficit des États-Unis.
S'il n'a pas critiqué directement Donald Trump, il reste qu'Elon Musk attaque l'un des socles du programme du président américain, que M. Trump qualifie de
grand et beau projet de loi
.
D’ordinaire prompt à appuyer sur la gâchette virtuelle contre ceux qui le critiquent ou remettent en cause ses positions, le président Trump est pour sa part resté muet devant l'expression de cette divergence manifeste d'opinions, tant dans les médias que sur les réseaux sociaux.
Mercredi, il s'est contenté de mettre de l'avant, sur son réseau Truth Social, un message d'Elon Musk datant de la semaine dernière, dans lequel ce dernier remerciait Donald Trump de lui avoir donné l'
occasion de réduire le gaspillage
lors de sa mission à la tête du DOGE.
Au cours des dernières semaines, le président américain ne s'est pourtant pas gêné pour critiquer avec virulence la poignée d'élus qui ont exprimé leur opposition au projet.
Selon les sources de CNN, il a été davantage confus que fâché par la sortie de son riche allié, qui a rapidement commencé à graviter dans son orbite après avoir financé sa campagne présidentielle, l'an dernier.
Une sortie de piste sans heurts publics
Le plaidoyer d'Elon Musk, qui a aussi sous-entendu qu'il œuvrerait à défaire les élus républicains qui ont voté pour le projet de loi lors des primaires en vue des élections de mi-mandat de 2026, n'a pas semblé infléchir la position des partisans du projet.
Témoignant de la surprise, le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a déclaré que son
ami
avait
complètement tort
.
La veille, il a laissé entendre que l'opposition du PDG de Tesla venait de l'élimination des crédits d'impôt pour les véhicules électriques.
Derrière les portes closes, certains républicains, qui n'ont cependant pas osé le critiquer publiquement, ont exprimé leurs frustrations, selon le site Axios.
Personne ne voulait vraiment de lui ici. Nous avions hâte de nous débarrasser de lui
, a dit l'un d'eux, cité de façon anonyme.
Il n'avait aucune [...] idée de ce qu'il faisait.
Lorsque Donald Trump a recruté Elon Musk, un multientrepreneur au tempérament similaire au sien, comme sabreur des dépenses publiques, plusieurs commentateurs politiques ont prédit que la relation se terminerait de façon tumultueuse.
Publiquement, les deux hommes n'ont eu aucune altercation, mais au cours des dernières semaines, Elon Musk a exprimé son désaccord non seulement sur le projet de loi budgétaire, mais aussi sur les droits de douane, des enjeux chers au président américain.
Dans une entrevue au réseau CBS diffusée dimanche dernier, il avait reconnu
ne pas [être] d'accord avec tout ce que fait l'administration
Trump. Il a admis être
déçu
par le projet de loi budgétaire, qui
sape le travail effectué par l'équipe du DOGE
.
Cinq jours plus tard, lorsqu'il a tiré sa révérence après quatre mois de travail comme
employé spécial du gouvernement
, lui et Donald Trump ont affiché un front uni lors de leur
dernier événement conjoint devant les caméras
.
Je m'attends à continuer à être un ami et un conseiller
du président Trump, a déclaré le dirigeant de X, Tesla et Space X, qui a expliqué son départ par l'échéance de la période de 130 jours permise par son statut d'employé.
Le service qu’a rendu Elon aux États-Unis est incomparable dans l’histoire moderne
, a pour sa part soutenu le locataire du bureau ovale, prédisant qu'on le reverrait à la Maison-Blanche.
Un projet de loi qui ferait grimper le déficit en flèche
Après avoir pesé de tout son poids sur les représentants républicains réfractaires au projet de loi, adopté à la Chambre des représentants il y a deux semaines , la Maison-Blanche fait maintenant pression sur les sénateurs républicains, dont certains s'opposent au projet de loi.
En après-midi, un groupe de sénateurs républicains était d'ailleurs à la Maison-Blanche pour discuter du texte législatif, que Donald Trump voudrait avoir sur son bureau avant le 4 juillet, jour de fête nationale des États-Unis.
Dans un rapport publié en matinée, le Bureau du budget du Congrès (CBO), une entité non partisane, a estimé qu'il creuserait le déficit fédéral de 2400 milliards de dollars américains sur une période de 10 ans, une conclusion rejetée par la Maison-Blanche et bon nombre d'élus républicains.
D'autres organisations non partisanes ont elles aussi conclu que le mégaprojet de loi alourdirait le déficit fédéral de façon colossale.
Le grand et beau projet de loi
– le camp républicain a fait du surnom donné par Donald Trump à cette initiative budgétaire le nom officiel du projet de loi – prévoit notamment de reconduire les baisses d'impôt datant du premier mandat de Donald Trump. Il comprend ainsi des baisses d'impôt totalisant environ 3750 milliards de dollars américains.
Il élimine aussi l'imposition sur les pourboires, une autre promesse électorale phare du républicain.
Pour compenser en partie le creusement du déficit, les républicains ont prévu d'importantes coupes dans certaines dépenses publiques, dont Medicaid, l'assurance maladie publique dont dépendent les Américains aux revenus modestes.
Selon le CBO, le projet de loi priverait près de 11 millions d'Américains de leur assurance maladie.
Avec des archives de l'AFP
Comments
Post a Comment