Chaque saison depuis trois ans, le Balcon des incompris invite des auteurs et amateurs de poésie à partager leurs textes avec le public, à la microbrasserie Le Boq, en hiver, et au parc du Domaine Howard, en été. Selon sa fondatrice, Douce Sévigny, la scène de l’art oral est foisonnante à Sherbrooke.
Il y a vraiment eu un boom de la poésie. Depuis la COVID, il y a eu un grand essor
, souligne-t-elle.
l’a rencontrée mercredi soir, avant qu’elle ne prenne le micro pour animer la 13e édition de l’événement.
En quelques années, les rendez-vous de poésie se sont multipliés à Sherbrooke, avec les soirées Littérature et autres niaiseries et sa jumelle Poésie poubelle à la Petite boîte noire. Des micro-ouverts sont aussi offerts au Café 440.
Douce Sévigny est convaincue que la poésie est pratiquée et consommée par de plus en plus d’adeptes et pas uniquement par un petit groupe. Au Balcon des incompris, il y a toujours de nouveaux visages. Mercredi, parmi les dix poètes amateurs, huit n’avaient jamais pris le micro.
Je dirais qu’il y a tout le temps un 50 % de gens qu’on connaît
, estime-t-elle.
Elle n’est pas la seule à observer l'élan que prend le milieu de la poésie. L’artiste Frank Poule croit que Sherbrooke n’a plus rien à envier à Montréal. En 2007, il a fondé une soirée de slam qui a battu son plein jusqu’en 2020. Depuis,
un tissu
littéraire se serait formé, à sa plus grande joie.
C’est un peu spécial. En même temps que le centre-ville s’est comme dévitalisé, les bars ont fermé, l’aspect culturel a pris plus de place au centre-ville. Quand je suis arrivée en 2004-2005, il y avait encore ce
nightlife
-là, il s’est transformé. Les salles se sont affirmées comme des piliers culturels.
Maintenant, plusieurs générations se rassemblent dans les soirées, observe-t-il.
C’est ça que je trouve capoté. Je me dis ok, ce n’est juste plus des gangs.
Créateurs engagés
Mercredi, une employée du centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) est venue lire un texte dénonçant les violences sexuelles faites aux femmes. Des poèmes montrant du doigt la destruction des milieux naturels ont aussi résonné au milieu des arbres.
Crise du logement, pauvreté, itinérance... Les créateurs d'ici prennent position. Par rapport aux autres villes, ils se démarquent par leur
militantisme
, d’après Douce Sévigny.
On est un peu dénonciateur, renchérit Jacob Ludwig Charland, qui organise et anime le Balcon des incompris depuis un an. On sent les injustices et on voit beaucoup de monde qui en exprime à travers leur poésie.
Jacob Ludwig Charland croit que Sherbrooke est la
meilleure
ville au Québec pour s’initier à l’art oral. L’assistance dans les soirées de poésie est bienveillante.
On a un public tellement
fun
, super respectueux, super accueillant. Ça l’applaudit
full
fort.
L’autrice Sarah Bertrand-Savard a lu quelques extraits de ces deux recueils de poésie, publiés à La Mèche et à La courte échelle.
Pour la Sherbrookoise qui enseigne également la littérature au Collège Champlain, il n’y a rien comme les soirées de poésie pour transmettre l’amour des mots.
C’est vivant, c’est brut. [...] Tu ressens tout, ça vient te chercher jusque dans les tripes.
Douce Sévigny espère toucher des subventions cette année pour amener plus loin le Balcon des incompris. L’événement, 100 % gratuit, offre une petite rémunération aux auteurs professionnels invités, grâce à des dons de l’assistance.
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