Skip to main content

Nucléaire : Les Plans de la France pour Maîtriser le Cycle du Combustible

Réacteurs à neutrons rapides : le Graal... ou la vieille illusion ?

La France connaît les réacteurs à neutrons rapides (RNR) depuis des décennies. Rapsodie, Phénix, Superphénix… Autant de prototypes ayant défriché un chemin semé d’embûches. Ces machines ont une propriété quasi mythologique : elles peuvent multirecycler le plutonium, tout en valorisant l’uranium appauvri, ressource que la France stocke « sur étagère » depuis des années. Mais à chaque tentative, l’histoire bégaie. En 1997, le gouvernement Lionel Jospin enterre Superphénix. En 2019, le projet Astrid est liquidé dans le silence par Emmanuel Macron, alors que les études avançaient sous l’égide du Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Et aujourd’hui ? Paris relance la dynamique, timidement, en s’alliant au Japon sur un nouveau démonstrateur RNR refroidi au sodium.

Pour Sylvain Nizou et Maxence Cordiez, auteurs d’une tribune publiée dans Le Point , ces réacteurs sont indispensables. Ils rappellent que « se passer progressivement d’importations d’uranium est techniquement faisable » et que « ces petits réacteurs permettront de démontrer la capacité de l’industrie française à relancer puis perfectionner la technologie des neutrons rapides ». Mais leur position est loin d’être neutre. Sylvain Nizou préside la start-up Hexana, spécialisée dans le développement de RNR compacts. Derrière le plaidoyer technologique se devine une bataille industrielle, entre pionniers privés et mastodontes publics.

Nucléaire : le mirage des modèles économiques

La vraie pierre d’achoppement, c’est l’économie. Produire de l’électricité de base avec des RNR ? Trop coûteux. Pas assez flexible. Pas assez compétitif face aux réacteurs à eau pressurisée (REP). Les RNR ne peuvent rivaliser sur le marché actuel de l’électron. Mais tout change si l’on pense en dehors du réseau. Ces réacteurs peuvent atteindre des températures de 500 °C, deux fois plus que les REP. Une aubaine pour les industries qui dépendent de la chaleur fossile.

Raffineries, cimenteries, chimie lourde : tous ces secteurs, aujourd’hui carbonés jusqu’à l’os, n’ont pas de solution de rechange. Et là, le RNR trouve enfin une utilité claire, un débouché concret. Il pourrait fournir de la chaleur, et non plus seulement du courant. « Produire de la chaleur pour l’industrie et produire de l’électricité pour le réseau sont deux choses différentes », rappellent les auteurs dans Le Point . Le cœur du modèle économique, c’est donc la chaleur. À condition de construire des unités de taille moyenne, redondantes, situées au plus près des sites industriels.

SMR, RNR : petits réacteurs, grands espoirs

La solution passe-t-elle par le petit ? En tout cas, c’est la tendance. Les petits réacteurs modulaires (SMR) ont le vent en poupe. EDF et le CEA poussent le projet Nuward . La start-up Jimmy Energy, elle, construit un démonstrateur thermique à Bazancourt, dans la Marne. Là aussi, le but est de fournir de la chaleur industrielle, pas de concurrencer les grandes centrales. La logique est implacable, mieux vaut plusieurs petits réacteurs qu’un gros. Une panne dans un SMR n’interrompt pas tout un processus industriel.

Le modèle est plus souple, plus modulaire, mieux adapté à la diversité des besoins. Il permet aussi de mutualiser les coûts, d’industrialiser les composants et de tester de nouvelles approches de gestion du combustible. Et surtout, il ouvre un terrain de jeu pour des acteurs innovants. Mais à une condition, que les grands du secteur, EDF, Orano, Framatome, jouent le jeu. Aujourd’hui, ils détiennent la main sur le combustible usé. Or, sans combustible recyclé, pas de RNR. Le verrou n’est donc pas seulement technologique, il est aussi politique et économique.

Comments

Popular posts from this blog

À la Quête de Solutions pour les Défis du Quartier Vanier

Depuis quelques années déjà, le quartier Vanier, dans l’arrondissement des Rivières, est en transformation, et de plus en plus, des enjeux inquiètent ses résidents. Le transport en commun, l’accès au logement ou encore le verdissement du quartier font partie des préoccupations. Des organismes et des citoyens se sont donc réunis aujourd'hui pour plancher sur des solutions. Je pense que c'est un quartier qui a été oublié , affirme Pierre-Marc Doucet, vice-président du conseil de quartier de Vanier. M. Doucet parle de gentrification du secteur, de circuits d’autobus qui ont été coupés ou grandement modifiés. L’agente de mobilisation citoyenne de La Ruche Vanier, Maude Samson-Gauthier, qualifie aussi Vanier de quartier oublié dans les dernières années. C'est un quartier qu'on veut remettre sur la map , qu'on veut mettre de l'avant, qu'on veut améliorer, mais qu'on veut améliorer avec la pop...

Candle Lake en État d'Alerte : Incendie Majeur Menace la Communauté

Alors que le vaste incendie Shoe progresse rapidement, les autorités de Candle Lake, en Saskatchewan, sonnent l’alarme. À moins de 12 kilomètres du village, le brasier pourrait atteindre cette station touristique dans les prochains jours. L'état d’urgence a été déclaré et les résidents dont la présence n'est pas essentielle sont invités à évacuer volontairement. Les services d’urgence sont mobilisés et procèdent à des inspections porte à porte afin de retirer les matériaux inflammables, tels que les bonbonnes de propane et les bidons d’essence. Pour l’instant, aucun ordre d’évacuation obligatoire n’a été donné. Cependant, l’état d’urgence est en vigueur, et la population non essentielle est fortement incitée à quitter les lieux de façon volontaire. L’incendie se trouve à moins de 12 kilomètres du village , insiste la mairesse Colleen Lavoie, vendredi. Une progression lente, mais préoccupante Le feu de forêt, baptisé Shoe, a été signalé pour la prem...

Crise de santé : l'été plus calme au CISSS de la Côte-Nord?

Finis les interruptions de services répétés et les transferts de Nord-Côtiers à l’extérieur de la région pendant l’été, selon les médecins et un syndicat de la région. La période estivale, qui est souvent difficile pour le réseau de la santé nord-côtier en raison du manque de personnel, s’annonce moins dramatique qu’à pareille date l’an dernier. La situation dans les divers établissements de santé du CISSS de la Côte-Nord se rétablit peu à peu et le recrutement de médecins s’améliore, selon le président du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens de la Côte-Nord. Le centre multiservices de santé et de services sociaux de Forestville, souvent touché par des interruptions de services , accueillera quatre médecins pendant la saison estivale. J’ai jamais vu ça en dix ans , se réjouit le Dr Youssef Ezahr. Le contraste est frappant en comparaison avec la situation du CISSS l’an dernier. Lors d’une conférence de presse en mai 2024, l’ancienne PDG du CIS...